The Bull Calf

Reviews of Fiction, Poetry, and Literary Criticism

Malgré tout on rit à Saint-Henri de Daniel Grenier

Compte-rendu critique de Coleen Even

Daniel Grenier

Malgré tout on rit à Saint-Henri. Éditions le Quartanier, 2012.

254 p.

24,95 $

Daniel Grenier est né en 1980 et vit à Saint-Henri. À trente et un ans et au doctorat à l’UQAM, en études littéraires, il vient de sortir son premier livre qui porte sur Saint-Henri, quartier où il s’est installé en arrivant à Montréal. Ce n’est pas la première fois qu’il s’essaie à la publication, mais cette fois, son recueil de nouvelles a trouvé sa place sur les étagères des librairies. Avec ce premier livre publié, il se consacre désormais entièrement à la conclusion de son doctorat avant de peut-être de reprendre la plume.

Que se passe-t-il donc à Saint-Henri ? Qu’est-ce que Daniel Grenier a à nous livrer dans son recueil de nouvelles intitulé Malgré tout on rit à Saint-Henri ? Une quantité d’histoires et d’anecdotes qui font revivre ce quartier et tant de lieux communs de Montréal ainsi que ces personnages uniques qui ont finalement ont la chance d’être démarqués dans cette marée humaine et floue.

Les trente-deux nouvelles tombent dans plusieurs catégories : les sans catégories, celles qui sont des histoires « Entendu[es] à Saint-Henri » (p. 31) (deux), des portraits (huit au total), des anecdotes –six en tout- et des errances –cinq-. Bien que mélangées dans le recueil, il se trouve qu’elles possèdent des points communs en ce qui concerne la narration et le type d’énonciation. Les portraits sont toujours narrés à la troisième personne. Que ce soit un narrateur de type masculin ou féminin, il nous raconte l’histoire d’un personnage en particulier. Les anecdotes sont quant à elles rédigées à la première personne. Les errances se différencient des anecdotes car elles s’adressent au lecteur. En effet, le « tu » est répété dans chacune de ces nouvelles et amène le lecteur à se poser la question qui lui est adressée ou à y répondre. En dernier lieu, ce qui est « Entendu à Saint-Henri », ce sont des histoires prises sur le qui-vive, regroupant des histoires citées et donc des narrateurs à la première personne du singulier. Les autres nouvelles alternent entre des points de vue internes et externes. Le recueil possède donc une certaine logique dans sa classification et offre des renvois et des rappels en fonction du type de narration utilisé.

En plus de cette structure qui permet de créer des points de référence ou de rappel, il faut noter le type de personnages présentés et les thèmes abordés, qui se font écho. Le quatrième de couverture indique : « Malgré tout on rit à Saint-Henri raconte les tribulations d’une myriade de personnages hauts en couleur, nous livrant au fil des pages quelques-uns de leurs secrets les moins glorieux ». C’est bien cela que Daniel Grenier fait dans son ouvrage. En passant d’un homme récemment au chômage à un couple qui visite l’appartement d’un mort ou d’un jeune qui se passionne pour le portugais et se lie d’amitié avec une famille brésilienne au point de rompre avec sa copine aux sans domicile fixe à l’histoire en suspens près des bouches d’entrée du métro, l’auteur présente un quartier d’êtres humains fictifs, reliés par un espace concret. En effet, s’il le fallait il serait possible de recréer une carte de Montréal en suivant les indications données au fil des diverses histoires. Ainsi, en mêlant ces personnages fictifs à cet espace réel que représente Saint-Henri, Daniel Grenier joue de la fiction pour présenter au lecteur le côté humain d’un espace. Les nouvelles ressemblent à de brèves notes d’observations sur des gens au quotidien, qui, comme indiqué dans celle intitulée « Brève histoire du temps », « (…) se ressemblent tous » (177), mais qui finalement sont uniques. Nouvelles fictives qui se rapprochent de la réalité, ces dernières abordent également à plusieurs reprises la question de l’écriture, tel un métatexte pour l’auteur lui-même mais aussi pour le lecteur. Certaines nouvelles permettent également d’introduire un côté mystérieux et énigmatique, parfois glauque et meurtrier comme dans « Salamandre » où le narrateur s’avère être le mort qui nous raconte : « Ils m’ont repris en mains, et maintenant ils me hissent dans un coffre. » (165). Le côté loufoque et cocasse de certaines de ces nouvelles n’est pas à omettre, encore moins la vérité que certains de ces textes arrivent à mettre en relief par rapport au quotidien et à l’Homme.

Daniel Grenier offre dans son recueil de nouvelles la description d’une humanité de quartier qui passerait aujourd’hui presque inaperçue dans un monde en mouvement continu. Avec son ton informel, il fait en sorte que son lecteur soit plus proche de ces personnages et de leurs histoires. Plongé au cœur de Saint-Henri, le lecteur en ressort enrichi.

 

Au moment de mettre sous presse: Coleen Even a effectué sa licence LLCE (Langues, Littératures et Civilisation Étrangères) au sein de l’Université de Nantes, en anglais. Après avoir commencé sa première année de Master, elle s’est rendue six mois en Afrique du Sud, à l’Université du Witwatersrand afin d’effectuer des travaux de recherche pour son mémoire portant sur les problèmes d’identité nationale et d’immigration. Elle a également travaillé sur les représentations culturelles britanniques dans la colonie du Cap (1795-1837). Entre temps, elle a effectué un échange avec l’Université de Waterloo et s’est finalement inscrite au doctorat afin de travailler sur la diaspora et la perte d’identité de la communauté française de la colonie du Cap de 1687 à la moitié du XVIIIe siècle.

Subscribe To Our Site

Like Our Logo?

Contact the artist, Dave Knox: dave@daveknoxart.ca

or visit his website, www.daveknoxart.ca

Share on Facebook

Share on Facebook

Follow Us

Publishers in this Issue

Visitors Since 1/1/11

Newest Members