The Bull Calf

Reviews of Fiction, Poetry, and Literary Criticism

L'homme blanc by Perrine Leblanc

Compte-rendu critique par Samuel Mercier

Perrine Leblanc

L’homme blanc. Le Quartanier 2010.

173 pp.

21,95 $

L’Homme Blanc, premier roman de Perrine Leblanc, est un livre à la fois simple et ambitieux. Kolia, né de parents déportés et rapidement orphelin, vit sa jeunesse au temps de Staline dans un camp de travail en Sibérie. Malgré la dureté des détenus et des gardiens, il sera aidé par Iossif, un autre déporté qui lui apprendra à survivre dans cet environnement hostile. C’est grâce à lui également qu’il apprend le français, le russe et l’amour des livres.

Libéré quelques années plus tard, à l’adolescence, Kolia prend la route de Moscou où il travaille un temps à vider les égouts avant d’être remarqué par Pavel, un clown connu dans la capitale. Il entame alors une carrière dans le monde du cirque où il prend le personnage de l’« homme blanc », à la fois mime et filou spécialiste du vol à la tire.

Kolia reste cependant toujours hanté par son enfance au Goulag. Comme l’écrit Perrine Leblanc : « Il traîna avec lui dans le monde libre l’odeur des chiottes du camp et des morts qui se découvraient au printemps » (13). Ce poids, il le vit à travers Iossif, mystérieusement « disparu » et qu’il tentera de retrouver tout au long de sa vie.

La vérité, vraiment ?

Dans les pages de La Presse, Marie-Claude Girard écrit au sujet du roman de Perrine Leblanc : « Il est absolument réjouissant de découvrir un roman québécois qui raconte avec un tel sentiment de vérité une histoire hors norme se passant à l'autre bout du monde » (26 novembre 2010). La vérité, vraiment ?


Dans sa « Note de l’auteur », Perrine Leblanc vient en quelque sorte réclamer son droit au récit en asseyant sa légitimité sur une connaissance intime de la Russie : « La Russie, écrit-elle, est au centre de mes préoccupations intellectuelles et artistiques depuis une quinzaine d’années » (173). Pourquoi se justifier après coup ? Serait-il trop ambitieux pour un premier roman de se lancer dans le Bildungsroman soviétique ? La fiction ne pourrait-elle pas faire l’économie d’un auteur qui ne se servirait du récit que pour se mettre en scène, pour raconter de « vraies » choses ?

Cette justification agaçante cache peut-être autre chose. Ce Kolia puisera son art dans la laideur du Goulag. Son visage marqué par les rides, même lorsqu’il est jeune, sera celui du clown, grotesque. Son talent de pickpocket, c’est dans les camps de Staline qu’il l’a perfectionné. « La rumeur disait qu’il était né dans la Kolyma. Elle assurait que ses parents étaient morts là-bas. La rumeur ne nuisait pas au spectacle » (86). La rumeur ne nuisait pas au spectacle, non, pas plus que ce passage de la note de l’auteur où Leblanc explique que l’idée du roman lui est venue « lors d’un voyage en Roumanie, après avoir vu opérer un pickpocket prestidigitateur devant une église orthodoxe à Bucarest » (173). Il est possible de sentir ici monter ce « sentiment de vérité » dont parle Girard dans son article.

Pourtant, c’est peut-être ici que Perrine Leblanc devient à son tour prestidigitatrice. Au-delà de la biobibliographie un peu chiante qu’on dirait faite pour attirer les foules, le spectacle se déroule sur la piste, là où les clowns traînent leurs goulags intérieurs pour le changer en quelque chose de plus grand qu’eux.

Au moment de mettre sous presse: Samuel Mercier est étudiant à la maîtrise en littératures de langue française à l'Université de Montréal. Il a été récipiendaire d'une bourse du CRSH pour son mémoire qui porte sur la réception des romans de Mordecai Richler au Québec francophone. Il contribue également aux revues Spirale et Lettres Québécoises.

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