The Bull Calf

Reviews of Fiction, Poetry, and Literary Criticism

Guyana de Élise Turcotte

Compte-rendu critique de Julien Defraeye

Élise Turcotte 

Guyana. Éditions Leméac, 2011.

176 p. 

20,95$

Élise Turcotte est une écrivaine québécoise, née à Sorel en 1957. Elle a suivi des études littéraires et a obtenu son doctorat de l’Université de Sherbrooke. Elle compte à son actif des écrits variés, allant de la poésie à la littérature pour enfants, et s’est intéressé au roman ces dernières années. Elle enseigne maintenant la littérature au Cégep du Vieux Montréal. Élise Turcotte a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général pour La maison étrangère, publié aux éditions Leméac en 2002. Guyana a reçu le Grand Prix du livre de Montréal en 2011. 

Élise Turcotte place au cœur de son roman Guyana le personnage solaire de Kimi, indéniable figure du temps qui s’écoule, marqué par le va-et-vient constant des clients de son salon de coiffure « Joli Coif ». Nous est proposée une structure en analepse, une temporalité biaisée, qui place la mort de Kimi en début de roman, déstabilisant ainsi le lecteur dès les prémisses de Guyana. Le roman s’inscrit de ce fait dans la lignée des romans policiers. Ana et son fils Philippe, deux clients réguliers, quittent leur routine cassée par la mort de Kimi, et de ce fait la fin du rituel de la coupe des cheveux, pour partir à la recherche de preuves sur un modèle d’objectivité scientifique remarquable, ponctué de questionnements, d’expériences empiriques, de secrets, de mensonges, tous porteurs de sens. À la croisée de cette mosaïque de l’acculturation, Kimi, ou Kimaya de son vrai prénom, la coiffeuse exilée du Guyana,  se construit comme le reflet d’Ana, et vice versa. La mort de Kimi symbolise ici le seuil d’une quête effrénée de la connaissance de soi à travers l’autre, qu’il soit présent, passé ou futur. Philippe, personnage clé du roman, cimente la narration par son obsession capillaire, les cheveux jouant ici le rôle de témoin du temps qui passe, et éventuellement de son altérité. Non sans symbolisme, Kimaya les coupe et les balaye quotidiennement en un rituel cathartique qui se révèlera être salvateur pour Ana et Philippe. La scène de la coupe de cheveux de Philippe, au paroxysme de la ritualisation, réunit les trois voix de cet écrit polyphonique et place le lecteur dans un tourbillon symbolique mortuaire relativement morbide. Les chaînes d’événements se nouent au fil du roman, à la manière de l’effet papillon, et finissent par amener Ana, à travers le passé de Kimi, à revivre  les expériences éprouvantes de la perte de Rudy, le mari d’Ana, ou même le viol qu’elle a subit étant plus jeune. L’histoire de Kimi se lie même à l’Histoire du Guyana et au terrible massacre de Jonestown, 30 ans plus tôt. Au final, Guyana est ce lien invisible, ce sentiment d’unité, ou même d’universalité, aussi fin qu’un cheveu. Entre l’ici  et l’ailleurs, la vie et la mort, l’autre et soi, le rêve et la réalité, Guyana exploite ce fragile chaînon à la croisée de plusieurs réalités en apparence anodines. Guyana est ce décalage, cet entre deux mondes.

 

Après une thèse de maitrise sous la direction de François Paré où il emprunte les concepts d’Ansgar Nünning et de Linda Hutcheon sur la métahistoire pour les appliquer à un corpus de l’extrême contemporain québécois (Kim Thúy, Jocelyne Saucier, André Lamontagne et Élise Turcotte), Julien Defraeye est maintenant étudiant au doctorat à l’Université de Waterloo en Ontario, et se consacre à l’écopoétique chez Robert Lalonde, Louis Hamelin et Monique Proulx.

 

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